A Cachan, la rue Camille Desmoulins suit l’ancien lit de la Bièvre.
Camille Desmoulins empruntait parfois le chemin qui suivait la rivière pour aller voir sa future épouse Lucile à Bourg-la-Reine[1].
Sur les plans de Cachan antérieurs à 1869, cette rue s’appelle encore rue Bronzac.[2] C’est donc assez récemment que le nom de Camille Desmoulins[3] lui a été donné.
En 1926[5], 509 habitants vivent rue Camille Desmoulins, alors que pour l’ensemble de la commune, on en compte 9 829[6].
Parmi ces 509 personnes, il y en a 389 en âge de travailler, dont 207 femmes et 182 hommes. 129 habitants sont trop jeunes ou trop âgés pour travailler.
Au total, il y a 172 « chefs de famille » pour 111 épouses, soit 61 « chefs de famille » sans conjoint déclaré. Il y a 32 veufs « chefs de famille » dont 25 femmes et 7 hommes.
Parmi ces 389 habitants en âge de travailler, 202 sont nés en Ile-de-France, dont 75 à Arcueil-Cachan, 12 dans le reste du Val-de-Marne, 58 à Paris, les 68 autres sont originaires du reste de l’Ile-de-France. Ensuite, 159 sont nés en province et 25 à l’étranger, 24 d’entre eux sont d’origines européennes auxquels s’ajoute un Russe.
Ces 389 habitants de la rue sont plutôt jeunes puisque 49 d’entre eux ont entre 13 et 20 ans et 204 ont entre 21 et 40 ans. Il y a aussi 94 personnes qui ont entre 40 et 60 ans, 41 autres ont plus de 61 ans dont 5 plus de 70 ans.
Des patrons blanchisseurs et quelques autres….
Parmi eux, il y a 77 « patrons » selon le recensement[7] dont 31 femmes. 27 sont blanchisseuses, 1 est charcutière, 1 autre, émailleuse, 1 est marchande de vins, 1 autre de fromages. Il y a 5 veuves « chefs de famille » qui sont considérées comme « patronnes ».
Ensuite, il y a 46 hommes, dont 2 veufs, qui sont également « patrons ».
26 « patrons » sont blanchisseurs dont 25 le sont en même temps que leurs épouses, 1 blanchisseur est veuf. Ainsi la rue Camille Desmoulins est avec la rue Cousté et la rue Etienne Dolet, une rue de blanchisseries.
Les autres patrons sont bijoutier, boucher, champignonniste, charbonnier, cordonnier, émailleur, épicier, marchand de fromages, marchand de vins, maréchal-ferrant, mécanicien, restaurateur, saleur de poisson, vannier.
Parmi les patrons blanchisseurs, 9 sont nés à Arcueil et 4 à Cachan.
Chez les « patrons », 3 n’ont pas la nationalité française : un Belge, né en 1875, M. Bekaert, est blanchisseur, 1 Polonais, né en 1872, M. Klapisch, est saleur de poissons, 1 Luxembourgeois, né en 1859, M. Hobes, est cordonnier.
L’entreprise Klapisch , au n°43 de la rue, est une entreprise familiale dont les trois fils, Schullel, né en 1899, Joseph, né en 1901, Salomon, né en 1905, sont déclarés comme salariés de la maison.
Joseph ne reviendra pas des camps de concentration nazis,[9] 17 ans plus tard.
En 1926, parmi les blanchisseurs, au n° 42 de la rue, nous trouvons Louis Joseph Murguet. Il est né le 29 août 1875 au n° 2 de la rue des Tournelles à Cachan. Son père, Louis Alexandre, a 29 ans au moment de sa naissance. Il est blanchisseur.
En 1926, il habite chez son fils. Sa mère, Olympe Pierrette Dalliot a 22 ans. Elle est blanchisseuse.
Louis Joseph Murguet s’est marié le 19 mai 1900 avec Berthe Augustine Antoinette Chaplard.
Au n° 51 de la rue est installée la blanchisserie Péguy. Le patron est Alexis Isidore Péguy.
Il est né le 24 janvier 1884 au n° 4 de la Grande Rue d’Arcueil. Son père, Alfred Isidore, a 25 ans au moment de sa naissance. Il est charretier. Sa mère Isabelle Constance Diès est blanchisseuse.
Sur son acte de naissance un des témoins est son aïeul, Jean Baptiste Diès est également blanchisseur.
Alexis Isidore Péguy s’est marié le 9 mai 1908 avec Charlotte Sandrin. Ils ont eu deux fils, l’aîné, né en 1909, est mécanicien chez Citroën. Le second, né en 1912, est blanchisseur dans l’entreprise familiale au moment du recensement. Veuf à 57 ans, Alexandre Isidore se remarie en 1941 avec Louise Ernestine Presta.
Il y a bien d’autres blanchisseurs de la rue qui sont nés à Arcueil-Cachan ; au total, ils sont 21 « patrons » ou « patronnes » nés dans la commune. Il y a aussi ceux qui sont nés autre part, en Ile-de-France, comme Alfred David, né en 1891, à Saint-Denis.
Parmi les blanchisseuses et les blanchisseurs qui habitent rue Camille Desmoulins, nombreux sont ceux qui sont employés dans une blanchisserie non artisanale de Cachan.
Ainsi 11 salariés déclarent avoir comme employeur la « Société Anonyme de la Blanchisserie de Cachan » qui est installée tout près de là, rue Belle Image. Cette société avait d’ailleurs émis des actions.
Dans ce groupe de salariés, nous trouvons M.et Mme Heurteaux ; il est garçon blanchisseur, elle est lingère.
Alphonse Désiré Heurteaux est né le 3 février 1868 chez sa mère, Marie Joséphine Verdier, blanchisseuse, 24 ans, au n° 26 de la rue Bronzac à Cachan. Cette dernière est célibataire. Sur son acte de naissance, il est reconnu par son père, Alphonse Victor Heurteaux, 26 ans, alors vernisseur sur cuir. Son aïeul paternel, Hippolyte Heurteaux, 64 ans, est témoin sur l’acte de naissance.
Son père, Alphonse Victor Heurteaux est né le 20 avril 1842, Hippolyte, son grand père, a 38 ans, il est maçon. Sa mère Marie Adélaïde Leconte a 33 ans. Elle est couturière. Elle est née le 15 novembre 1808 de Jacques Leconte, 44 ans, charretier, et de Marie Anne Tellier. Ces derniers habitent n°1 place de Cachan en 1870.
Alphonse Victor Heurteaux et Marie Joséphine Verdier, se sont mariés le 11 juin 1870, Entre-temps, lui est devenu blanchisseur, il habite au n° 20 rue Bronzac. Au moment de son mariage, il est en congé de libération du service militaire.
Son épouse Marie Joséphine est née le 2 septembre 1843, de Jean Baptiste Théodore Verdier et de Marie Madeleine Thulot, blanchisseuse.
Des enfants changent de métiers.
S’il y a encore beaucoup de blanchisseurs en 1926, certains de leurs descendants ont choisi d’autres métiers. Par exemple, Fernand Victor Bittner est « ouvrier en instruments chirurgicaux » et son épouse est ouvrière dans l’usine de lampes électriques Madza.
Sa mère est blanchisseuse et son père, employé de commerce. Il est né le 3 mai 1897 au n° 52 de la rue Camille Desmoulins dans l’immeuble où est installée la blanchisserie Dallet en 1926. Son père, François, a alors 26 ans et sa mère, Marie Anne Jacob, a 21 ans.
Celle-ci est blanchisseuse au moment de la naissance de son fils. Elle l’est toujours au moment du recensement de 1926. Elle travaille alors pour la blanchisserie Gobillot au numéro n° 48 de la rue.
Parmi les témoins de cette naissance, il y a Jules Château, marchand de vins au n°12 rue Camille Desmoulins. Marie Anne Jacob est née à Cachan, le 12 novembre 1875, au n° 8 de la voie de l’Y,[13] de François Antoine Jacob, 46 ans, tonnelier et de Anne Lutinan, 32 ans, journalière.
En 1926,l’habitant le plus ancien de la rue Camille Desmoulins est Adolphe Victor Romanet. Il a 86 ans. Il est né le 16 septembre 1840[14] du sieur Jean Baptiste Augustin Romanet, 45 ans, jardinier et de Marie Antoinette Dujardin, 35 ans, journalière.
Ses parents habitent le « hameau de Cachant » dans la commune d’Arcueil.
Un des témoins de sa naissance est le sieur Michel Adolphe Michon, 30 ans, « marchand carrier » de la commune.
Jean Baptiste Augustin, son père, est né le 16 ventôse de l’an IV (16 mars 1796) du citoyen Auguste Romanet, 31 ans, né le 3 février 1765 et de Catherine Robert, 26 ans. Le père d’Auguste était voiturier, au moment de sa naissance en 1765.
Pour terminer, évoquons madame Caralps, née en 1882. Elle habite la rue comme directrice de l’école maternelle de Cachan. Depuis 1904 avec la construction de l’école primaire Paul Bert, l’école de la rue Camille Desmoulins n’est plus le seul édifice public sur le territoire du hameau de Cachan.
Aujourd’hui de nouveaux immeubles bordent la rue Camille Desmoulins, le long de la Bièvre qui reste la dernière empreinte de ce passé de labeur.
Il est probablement difficile pour les nouveaux Cachanais d’imaginer qu’ils résident là, où, des femmes et des hommes ont exercé des métiers particulièrement difficiles. Ceux-ci ont participé au devenir de ce qu’est notre ville aujourd’hui.
Le nom de Camille Desmoulins restera sans que nous ayons la certitude qu’il ait habité Cachan. Comment garder la mémoire dans notre patrimoine local de ceux qui ont fait cette rue ?
Marcel Breillot
[1] G Joly, Ma poule à Cachant, Octobre 1993 Chroniques du Val de Bièvre N°1
[2] Il existe une rue et une fontaine Bronzac à l’Hay les Roses. Lire le portrait de Pierre Bronzac par Oriane Hebert, Chroniques du Val de Bièvre N° 60, 2008
[3] Né à Guise le 2 mars 1760, mort à Paris le 5 avril 1794. Il devient avocat le 7 mars 1785.
Le 11 août 1792, Jacques Danton le nomme secrétaire du sceau. A ce titre, il doit aussi réorganiser la justice. Le 6 juin 1792, Camille Desmoulins est élu député à la Convention. Le 24 décembre 1792, il épouse Lucile Laridon Duplessis dont la famille a une « Maison de campagne » à Bourg- la- Reine.
Il est arrêté dans la nuit du 30 au 31 mars 1794 et incarcéré à la Prison du Luxembourg. Il monte les marches de l'échafaud en disant : "Voilà donc comment devait finir le premier apôtre de la Liberté !"
Lucile Desmoulins est guillotinée le 13 avril 1794.
[4] www.aide-en-histoire geographie.com/images_corriges/4408.jpg
[5] Recensement de 1926, Archives de Cachan, Mairie de Cachan.
[6] Créée administrativement depuis 1923.
[7] Pour le recensement, le chef de famille est le titulaire du logement, qu’il soit propriétaire ou locataire.
[8] Archives municipales, ville de Cachan, Recensement 1926 : (consignes pour les recenseurs): les chefs d’entreprise, les ouvriers à domicile, inscrire en colone13 : Patron
Pour les employés ou ouvriers : indiquer le nom du patron ou de l’entreprise qui les emploie.
[10] CPA , Rue Camille Desmoulins, Collection de l’auteur.
[11] Action de la blanchisserie de Cachan, 1924, collection de l’auteur.
[12] CPA, rue Camille Desmoulins entre la Bièvre et la rue, collection de l’auteur
[13] Aujourd’hui, rue du Chemin de fer.
[14] Jour de l’ouverture du procès de Louis-Napoléon Bonaparte et de ses complices devant la Chambre des pairs. Il avait débarqué dans la nuit du 5 au 6 août 1840 auprès de Boulogne-sur-Mer, avec l'espoir de rallier le 42e régiment de ligne. La tentative de ralliement est un échec total. Cernés, plusieurs conjurés sont tués ou blessés tandis que Louis-Napoléon est lui-même touché par une balle. Arrêtés et écroués, les conjurés sont traduits en justice. Source Wikipédia.
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