Lundi 6 juin 2011 1 06 /06 /Juin /2011 08:43


 

En 1923, au moment de la séparation d’Arcueil et de Cachan, notre commune ne disposait sur son territoire[1], selon certains auteurs,  que « d’une école tout à fait insuffisante et de l’ancien cimetière ». En fait, elle avait  une école maternelle aujourd’hui détruite et l’école primaire Paul Bert avec une aile pour les filles et l’autre pour les garçons.

                       

           Ecole maternelle

           Ecole maternelle de Cachan, rue Camille Desmoulins en 1923[2]

 

En moins de 90 ans, l’évolution de notre administration communale a été considérable en termes d’équipements et de services à la population.

Nous évoquerons ici les femmes et les hommes qui ont été au démarrage de ces services à la population.

La première réunion des vingt-trois premiers conseillers municipaux[3] a eu lieu le 18 février 1923 pour élire le maire et ses deux adjoints[4].

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[5] 

La deuxième réunion a eu lieu le 10 mars 1923.

Très vite, au début de ce mandat, le premier maire de Cachan, Amédée Picard, a pris de nombreux arrêtés, en particulier, ceux qui permettaient la nomination administrative des employés et agents communaux à compter du 1er avril 1923.

Pour l’année 1923, dans les arrêtés du maire, vingt-six « employés ou agents » communaux sont « nommés », cela pour une population de 9 000 habitants.

Ces vingt-six personnes prennent la suite des services qui existaient avant la séparation d’entre les deux nouvelles entités communales. Elles ont mis en place l’action de notre nouvelle administration sous la direction d’Amédée Picard.

Le maire, lui, a été choisi puis élu par le Comité d’Union Républicaine et Sociale des Intérêts Généraux de Cachan.

Selon Léon Eyrolles[6], alors conseiller municipal, le maire bannissait toute politique au sein du conseil municipal, aussi celui-ci s’occupait :

-       « De créer ou développer les organismes indispensables à la vie communale : Mairie, Ecoles, Caisse municipale, recette des postes, bureau de bienfaisance, caisse des écoles ;

-       D’organiser les services de voirie (ordures ménagères, nettoiement) ;

-       De développer les réseaux d’égouts, de distribution d’eau, de gaz, d’électricité, et les moyens de transports.

Il le fit avec la plus stricte économie »[7]

 

En 1925, la mairie sera installée provisoirement (pour dix ans) dans un petit bâtiment d’abord destiné à être un bureau de poste. Les deux années précédentes (1923-24), l’équipe municipale est installée dans des locaux loués rue Camille Desmoulins. A ce moment là, Cachan n’a pas de mairie. Léon Eyrolles considère plus tard que cette première mairie provisoire «offrait des conditions déplorables pour effectuer du travail »

C’est dans ce contexte que les premiers « employés » de Cachan ont travaillé[8].

 

Comment sont-ils organisés ?

Nous pouvons considérer qu’ils sont organisés en quatre principales fonctions.

-       Une fonction administrative,

-       Une fonction de la  voirie,

-       Une fonction de l’entretien,

-       Une fonction des pompes funèbres

Auxquelles s’ajoutent des missions individuelles spécifiques.

 

La fonction administrative :

La commune a un secrétaire, chef de bureau qui dispose de trois collaborateurs :

-       Un commis principal au secrétariat.

-       Deux commis auxiliaires dont une dactylo et un secrétaire.

Faut-il rattacher à ce service le garde champêtre chargé des annonces en ville ?

 

La fonction d’entretien de la voirie :

Il y a un agent-voyer et quatre cantonniers auxquels s’ajoute une concierge de « la remise de la voirie ».

 

La fonction de l’entretien :

Elle comprend trois femmes de service chargées de l’entretien des écoles. Une femme de service chargée de l’entretien du bureau des recettes de contributions.

Il y a aussi un agent chargé de l’entretien et du remontage des horloges et pendules des établissements municipaux.

Par ailleurs, la commune dispose de deux charretiers chargés de la collecte des ordures ménagères.

 

La fonction de pompes funèbres :

Le conservateur du cimetière est chargé du creusement des fosses et de l’entretien du cimetière. D’autre part, il y a quatre porteurs de pompes funèbres dont un « chef porteur ».

 

Les postes ou fonctions uniques :

La perception des taxes perçues à l’octroi[9] est assurée par un surveillant qui travaille encore pour quelque temps avec les agents d’Arcueil.

Il y a aussi un architecte chargé du service d’hygiène et de la direction des travaux de l’entretien des bâtiments communaux, règlements des mémoires, examen des plaintes sur les logements insalubres, des demandes d’autorisation à bâtir.

Il y a un médecin chargé de la constatation des décès.

 

Combien gagnent-ils ?

Dans les arrêtés du maire, les salaires annuels pour 1923 sont fixés. Cela va de 12 000 francs par an pour le secrétaire chef de mairie à 6 492 francs annuels pour les femmes de service ou les cantonniers ou encore 7 405 francs pour le charretier principal.

Les rémunérations de l’agent-voyer communal, de l’architecte ou de l’agent chargé des pendules correspondent à des indemnités pour des fonctions non permanentes.

Le médecin, lui, touche 300 francs par décès constaté.

Selon leur statut, ces employés communaux cotisent soit à la caisse de retraite des employés de mairie, soit à la caisse de retraite des cantonniers ou encore à la caisse des retraites ouvrières pour les charretiers. C’est d’ailleurs les seuls prélèvements sociaux qu’ont les employés municipaux sur leurs rémunérations en 1923.

 

Qui sont ces agents municipaux ?

Chez ces 26 « agents », il y a 6 femmes et 20 hommes. Parmi eux, 4 sont nés à Arcueil-Cachan, 5 à Paris, 7 dans le reste du département de la Seine et 10 en province.

Monsieur Eugène Auguste GAUDRON, le secrétaire, chef de bureau de la mairie, a 44 ans. Il est né le 20 mai 1880 à Azoudange en Moselle. Il habite à Arcueil au n° 5 bis rue Emile Raspail.

Mademoiselle LEROYER et Monsieur HENNEGRAVE sont commis auxiliaires de la mairie.

Jeanne Marie Suzanne LEROYER a 19 ans. Elle est née à Sceaux le 28 mars 1904. Elle y habite boulevard Colbert. Elle est dactylographe.

Jean Raoul HENNEGRAVE, lui, a 22 ans. Il est né à Paris 18ème le 21 juin 1901. Il demeure au n° 5 de la place Gambetta à Cachan.

 

             1ère mairie 

             La mairie provisoire  construite à coté de l’école maternelle [10]

 

Monsieur Alexandre DUBOIS, notre garde champêtre a 54 ans. Il est né à Saint-Jouin-de-Marnes (Deux-Sèvres). Il habite à Cachan au n° 7 de la rue de Bagneux[11]. Son père, Auguste, est journalier au moment de sa naissance. Il a 25 ans. Sa mère Clotilde RADEGONDE est manœuvre. Elle a 24 ans. Notre garde champêtre a épousé Anne FEDERSPIEL, le 7 janvier 1899. Au moment de son mariage, il est gendarme à Bréval (Seine-et-Oise). Ses parents sont cultivateurs. Son épouse Anne est née à Bertronge au Luxembourg, le 9 mars 1870. Elle est cuisinière à Paris, rue de Bretonvilliers. Son père Jean et sa mère Catherine FUNCK sont décédés au moment du mariage de leur fille. Les témoins de ce mariage sont deux gardes-républicains.

En 1923, notre garde champêtre est donc un ancien gendarme.

 

Monsieur Paul Joseph POËNSIN a 71 ans. Il est né à Paris le 1 février 1852. Il est chargé de l’entretien et du remontage des horloges et des pendules. Il habite au n° 41 rue Emile Raspail à Arcueil. Il perçoit une indemnité annuelle de 160 francs.

 

Monsieur Louis COZIC a 44 ans. Il est né à Paris le 27 février 1879. Il est nommé agent-voyer[12]. Il habite au n° 38 de la rue des Ecoles à Villejuif. Son traitement annuel est de 7 000 francs.

 

Parmi les quatre cantonniers de la voirie municipale, Clément Joseph VIETTE est le plus jeune. Il a 51 ans. Il est né à Cachan au n° 2 de la rue Bronzac[13]. Il habite au n° 3 de la place Gambetta. Au moment de sa naissance, son père Casimir Auguste est serrurier. Il a 33 ans. Sa mère Delphine Joséphine LEPINAY est blanchisseuse. Elle a 32 ans. Un des collègues de Clément VIETTE est Auguste Gilbert ROCHET. Il est nommé cantonnier communal spécialement affecté à l’entretien des chemins vicinaux de Cachan. Son épouse Léontine Nathalie ROCHET est nommée concierge de la voirie municipale au n° 17 bis de la rue Gallieni. Tous les deux sont nés à Arcueil dans la Grand’rue[14].

Auguste ROCHET a 55 ans. Il est né le 10 octobre 1868 au n° 71 de la Grand’rue. Son père Charles Jacques ROCHET est carrier à Arcueil, il a 41 ans. Sa mère Adelaïde Rosalie BARBIER a 36 ans. Elle est couturière. Auguste ROCHET épouse le jeudi 12 avril 1894, Léontine Nathalie AUGUSTE. Elle est aussi née a Arcueil le 13 décembre 1872 au n° 31 de la Grand’rue. Son père Jean Eugène est apprêteur sur étoffes. Il a 24 ans. Sa mère Marie Eulalie LHOTE a 16 ans. Elle est blanchisseuse. Au moment de son mariage, Auguste ROCHET est carrier comme son père. Il habite au n° 63 rue Emile Raspail à Arcueil. Ses parents sont devenus propriétaires selon le registre d’état civil. Les parents de Léontine n’ont pas changé de métier depuis sa naissance mais demeurent désormais à Viry-Châtillon.

Léontine Nathalie AUGUSTE, épouse ROCHET, est aussi employée de la commune de Cachan. C’est d’ailleurs le seul couple dans cette situation en 1923.

 

Monsieur Auguste Julien Emmanuel TIENNOT est nommé charretier chargé de la collecte des ordures ménagères. Il a 42 ans. Il est né à Pleine-Fougères (Ille-et- Vilaine) le 8 octobre 1881. En 1923, il habite rue Etienne Dolet à Cachan. Lors de sa naissance, son père Emmanuel TIENNOT a 28 ans. Il est tisserand. Sa mère Augustine CHEVALLIER a 26 ans. Auguste TIENNOT a pour adjoint un aide-charretier, Gaston MALHERBE. Il est né à Pont-Audemer dans l’Eure, le 20 octobre 1871. Il habite à Gentilly.

Au moment de la naissance de Gaston, son père, le sieur Pascal Placide MALHERBE, est un ouvrier tanneur de 44 ans. Sa mère, Marie Adèle BOURDIN, n’a pas de profession déclarée.

 

Evoquons aussi Marcel Frédéric GREAFF. Il est nommé provisoirement en qualité de surveillant de l’octroi de Cachan. En effet, sa nomination définitive dépend du préfet de la Seine. Il a 28 ans. Il sera installé dans sa fonction après avoir prêté un serment professionnel prévu par la réglementation de l’époque.

Marcel est né le 9 janvier 1895 à Gentilly. Son père Jules est un maçon de 37 ans qui le reconnaît à sa naissance car il n’est pas marié avec sa mère. Celle-ci, Marie Joséphine BARBOT, a 40 ans. Elle est blanchisseuse.

Marcel épouse le 9 janvier 1928, à Paris, Martine CROISY, 5 ans après avoir été nommé surveillant à l’octroi[15] de Cachan.

L’arrêté du maire qui le nomme, précise que « les autorités civiles et militaires, du département de la Seine, sont requises pour faire reconnaître Marcel Frédéric GRAEFF partout où il interviendra en sa dite qualité ; de lui prêter aide appui et protection dans tout ce qui aura rapport à l’exercice de ses fonctions. » Cela à compter du 16 avril 1923.

 

Chaussat

                                                                        [16]

La dernière nomination de 1923 faite par le maire est celle de René CHAUSSAT comme Architecte du service d’hygiène de Cachan ainsi que de la direction des travaux d’entretien.

René CHAUSSAT est né à Thors (Charente-inférieure) le 11 juillet 1879. Il est encore architecte de Cachan lors de construction de la mairie inaugurée en 1937 au cours d’un des mandats de Léon Eyrolles.

 

          Place gambeta

                   Place Gambetta vue de la mairie vers 1950 [17]

 

En 1989 ; Jacques CARAT[18] écrivait : « suivant son humeur ont peut situer la naissance de Cachan sous la présidence d’Alexandre Millerand ou sous le règne de Postumus ou Tetricus Empereurs romains.. »

 

En 1923 la nouvelle municipalité et la nouvelle administration se situaient-elles dans la continuité de la déjà longue histoire communale  d’Arcueil-Cachan ou dans la création d’une entité nouvelle ?


ecusson


Les vingt-trois conseillers municipaux et ces vingt-six agents communaux avaient-ils le sentiment de créer une institution communale nouvelle ?

L’année 1923 a certainement été difficile pour eux car tout était à construire avec des moyens plus que limités.

Ils avaient certainement la conscience d’un réel engagement dans leur mission de service public dont ils ont probablement jeté les bases pour les équipes qui leur ont succédé.


MARCEL BREILLOT

 

Cet article a été publié dans les Chroniques du Val de Bièvre N°70
Pour s'abonner contacter: lesateliersduvaldebievre@laposte.net
 ou Maison des associations  9 rue amédée Picard 94230 CACHAN

[1]  La séparation d’Arcueil-Cachan, (1903-1923) Jugnot Stéphane, juin 1994.

[2] Collection de L’auteur

[3] Sont élus Messieurs Guibert, Choplin, Chartier, Legendre, Begue, Gros, Pecatte, Noblet, Ruffenacht, Dubois, Caron, Laurent, Delage, Tardieu, Veyssière, Lambert, Bourbon, Bertillon, Tison, Picard, Eyrolles, Guerin, Dumont.

[4] Les deux adjoints sont François Delage et Louis Guibert. François Delage  présidait la délégation spéciale, il fut un artisan obstiné de la séparation.

[5]Photo de la  collection d’Annette Le Bonhomme.

[6] Léon Eyrolles, est signataire de la pétition du 7 avril 1911 demandant la séparation en deux communes. Il est le fondateur de l’ESTP.

[7] Cachan 1923-1935, création de la commune, son évolution, sa modernisation. Document publié en 1935 par la municipalité et  Léon Eyrolles, maire de Cachan

[8] Archives de Cachan, registre des arrêtés du maire, 1923-1926, registre des procès verbaux du conseil municipal de Cachan, 1923-1926.

[9] L’octroi est une contributionindirecte perçue par les municipalités à l'importation de marchandises sur leur territoire. Cette taxe frappait les marchandises les plus basiques et les plus rentables telles que le vin, l'huile, le sucre, le café, etc. wikipedia.org/wiki/Octroi

Voir article d’Alain Brunot, Chroniques du Val de Bièvre N° 60

[10] Cachan mon Village, 1994, CDCHL Léo Lagrange.

[11] Aujourd’hui : rue Marcel Bonnet

[12] Le voyer, en latin « viarius », est l’inspecteur des chemins. C'est l'officier préposé à l’entretien des voies publiques sous l’Ancien Régime, qui prend ensuite le nom d’agent-voyer au XIXe siècle. http://fr.wikipedia.org/wiki/

[13] Aujourd’hui : rue Camille Desmoulins

[14] Aujourd’hui : rue Emile Raspail et Marius Sidobre.

 

[16] Arcueil et Cachan, Indicateur officiel, JE Auclair-Melot, 1926.

[17] CPSM, Collection de l’auteur.

[18] Cachan 89, Dialogue pour le futur, Jacques Carat, Sénateur-maire, 1989.

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