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Le Comté de Mortain jusqu'à Lonlay L’Abbaye, est notre région d’origine. Cela même si certains BREILLOT ont fondé, dès les années 1700, des branches dans les départements de l’Orne, le Calvados, Paris ou même le Morbihan. Lorsque nous pouvons remonter leurs généalogies, nous revenons toujours dans ce berceau d’origines.
De ce fait, l’histoire et la géographie de ce Comté nous concernent.
Au niveau historique :
En 367, l’Empereur Romain VALENTIN 1er (364-375) aurait fait venir des renforts pour combattre les Saxons.
L’installation d’une légion venant de Mauritanie ( c’est à dire d’Afrique du Nord) serait à l’origine de la ville de Mortain.
« …..Le comté de Mortain fut constitué par Richard III duc de Normandie, au profit du troisième des enfants de son frère Robert, nommé Mauger, à la fin du Xéme siècle. Probablement que son étendue était, à l'origine, beaucoup plus considérable qu'à la fin de l'Ancien Régime. Outre le Mortainais proprement dit, il semble qu'il ait embrassé une grande partie de la presqu’île du Cotentin, tout l'Avranchin jusqu'au littoral, Domfront avec des ramifications vers Argentan, Flers, Falaise, Condé-sur-Noireau etc. (Flers et Domfront sont dans le département de l’orne car en 1789 la frontière retenue entre les départements fut celle qui séparait le Passais et le Mortainais).
Le Comté constituait donc, à son origine, l'un des fiefs normands les plus importants de l'époque.
A travers des péripéties nombreuses, Mortain passa successivement dans les mains de princes étroitement apparentés à la maison des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre…. »
Je peux toutefois citer :
En 1082 : ROBERT, comte de Mortain, signe en présence du Duc-Roi l’acte de fondation de la collégiale de Mortain.
En 1104 : Certains seigneurs, comme Robert de Bellême et son neveu Guillaume de Mortain s’en prennent au Roi d’Angleterre.
En 1106 : BEAUCLERC donne le Comté de Mortain à Etienne, fils du comte de Blois et d’Adèle fille de Guillaume le Conquérant. La Normandie et l’Angleterre sont de nouveau réunis.
En 1142 : Selon Robert de Torigny ( Abbé du Mt St Michel 1156-1186), le Comte d’Anjou après la prise d’Aunay fait mouvement dans le Mortanais. Les châteaux de Tinchebray, Mortain, Le Teilleul et Saint Hilaire ne lui opposent que peu de résistance.
Le dernier de ces princes fut Jean sans Terre qui joignait à la couronne d'Angleterre et au duché de Normandie, le Comté de Mortain.
« …En 1204 Philippe Auguste confisqua la Normandie sur Jean sans Terre et donna, en 1212, le comté de Mortain à son fils, Philippe HUREPEL, sous une clause de réversion pour le cas où sa descendance viendrait à s'éteindre.
A sa mort, survenue en 1233, sa veuve, Mathilde de Boulogne, conserva Mortain en douaire et le partagea en trois lots, (Mortain, Tinchebray, Domfront.) dont elle ne se réservait que le premier, laissant les deux autres à la Couronne. Louis IX, en vertu de la clause de réversion, réunit de nouveau le Comté de Mortain à la couronne, en 1256.
Il en fut détaché une seconde fois, en 1316, en faveur de Philippe le Bon, comte d'Evreux, qui épousa Jeanne de France, fille de Louis le Hutin, et devint roi de Navarre en 1328. Sa veuve lui succéda, puis son fils Charles le Mauvais dont on connaît les démêlés avec la couronne de France. Charles V lui enleva Mortain et Charles VI le rendit en 1401 à Pierre de Navarre, son fils, avec le titre de pair de France.
Le comté de Mortain, ainsi reconstitué n'avait rien de comparable à celui des premiers temps. Il se limitait désormais à ce qui composera le comté de Mortain jusqu'à la fin de l'ancien Régime.
C'est-à-dire l'arrondissement de Mortain de l'époque actuelle, la région de Tinchebray et quelques terres dans le pays d'Avranches.
Le roi de France stipulait le retour de Mortain à la couronne dans le cas où la postérité des princes de Navarre viendrait à s'éteindre. Cette clause de réversion vint à exécution en 1412 et Charles VI donna Mortain à son fils aîné, Louis, duc d'Aquitaine, dauphin du Viennois, sous réserve cependant du douaire de la Veuve de Pierre de Navarre, laquelle, en se mariant en secondes noces avec le duc de Bavière, comte Palatin du Rhin, lui en fit l'apport du consentement du roi de France et grâce à la résignation du dauphin Louis.
La guerre de cent ans fut pour Mortain l'occasion de passer en des mains diverses selon la fortune des armes. Le Roi d'Angleterre et celui de France disposèrent simultanément du comté.
En 1425, des lettres patentes établissaient Charles III d'Anjou, comte du Maine, en possession de Mortain.
En 1481 Charles V d'Anjou, roi de Sicile, décédait laissant par son testament tous ses biens à la couronne de France. Pour la troisième fois, Mortain revenait aux rois de France.
Enfin, en 1529, François 1er battu à Pavie dut livrer, pour sa rançon, à Charles-Quint, les terres de Condé et de Leuze qui appartenaient à la maison de Montpensier. Par manière d'échange, le roi cédait à cette maison le comté de Mortain et la vicomté d'Auge.
Aux Montpensier succédèrent les d'Orléans jusqu'en 1789, date à laquelle Louis-Philippe d'Orléans, autrement dit Philippe Egalité, tenait le comté de Mortain sous le titre de Louis VI. Il le vendit quelques années plus tard, moyennant 800.000 livres, à un Sieur Collet…… »
Au niveau géographique :
«…… Le Mortainais, situé au carrefour de trois provinces - Normandie, Bretagne, Maine - est un pays de collines boisées, dont la chaîne principale constituant la pointe extrême de la Suisse Normande, s'étend du nord au sud, depuis Gathemo et Vengeons, en bordure du Calvados, jusqu'à Saint Georges de Rouelley, Lonlay l’Abbaye aux limites de l'Orne.
Enclave de rochers, de ravins, de bruyères, de hautes frondaisons dans la pommeraie normande, c'est un pays à forte personnalité, sans parenté avec les régions voisines.
Ce ne sont pas les molles ondulations du Cotentin, du Bessin ou du bocage avec leurs prairies toujours fraîches et leurs beaux vergers bien alignés. Mais c'est encore la Normandie avec les pentes herbues de ses coteaux, qu'escaladent des pommiers « trapus, noirs et difformes ».
C'est déjà la rudesse de la terre bretonne, avec ses champs à l'herbe rase éperonnée par une ossature de granit et de grès, ses épais taillis, ses landes fleuries d'ajoncs, comme la Bruyère de la Justice, Maisoncelle, Moutons.
Le Mortainais est parcouru par deux rivières importantes, la Sée et la Sélune, coulant d'est en ouest ; pour venir se jeter dans les grèves du Mont-Saint-Michel, aux abords d'Avranches.
La Sée prend sa source au pied de la Butte de Brembal, sur les hauteurs des Chaulieu et ses eaux claires et rapides font tourner les usines de la vallée de Brouains.
Sur sa rive droite, elle reçoit de nombreux affluents, petits torrents après le moindre orage dévalant des hauteurs de Vengeons, Beauficel, Gathemo, Montjoie et coulant dans des ravins aux pentes escarpées. Sur sa rive gauche, outre plusieurs ruisseaux, elle reçoit les eaux de la Bouanne , qui, de Saint-Barthélémy, descend vers Chérencé le Roussel par la vallée des Tigeries, entre de hauts coteaux boisés.
La Sélune sort de la lande de Bray, en Saint Georges de Rouelley, traverse les riches campagnes de Barenton, Saint Jean du Corail, Notre Dame de Touchet, Villechien, Milly, St Hilaire du Harcouët, Virey, les Biards, avant de pénétrer dans l’Avranchin.
Son principal affluent est la Cance, qui vient du « vieux pays de Ger» et qui passe au-dessous de la ville de Mortain qu'elle « pare de son ruban d'argent». Le bruit de son cours tumultueux ; s'engouffrant dans la gorge profonde de la Grande Cascade et prolongeant son écho dans toute la vallée, fait monter vers la ville la chanson de ses eaux.
Une autre rivière, la Sonce, coulant du nord-ouest, au sud-est, traverse la forêt de Lande Pourrie Capricieuse dès sa source, à Rancoudray, elle tourne 1e dos aux autres ruisseaux qui filent, docilement vers le bassin de la Sélune et par l'Egrenne, la Mayenne elle va porter ses eaux à la Loire lointaine.
Courant vite sur un lit de rochers, à travers des Landes sauvages où poussent des genévriers et des houx, elle bascule, près de la Prise-Passais, le cours plus abondant de la Bieurbe, lui imposant avec son nom, l'élan de ses eaux rapides. Elle arrive ensuite au Moulin du Bois, ayant ralenti son cours pour en offrir la fraîcheur à de luxuriantes fougères dont les longues feuilles, d'aspect tropical, bruissant sous la brise, s'entrelacent d'une rive à l'autre. Et puis elle reprend sa course vagabonde, pressée avant de quitter le Mortainais, d'aller faire un saut dans le trou béant et insondable de la Fosse Arthour, entre des éboulis de rocs énormes, surmontés sur chaque bord de grottes légendaires.
Aux portes de Mortain commence la forêt de Bourberouge ou de Lande-Pourrie, longue de vingt kilomètres environ, large d'une dizaine, bordée au nord, nord-est, est par les communes de Ger, Lonlay-l'Abbaye, Beauchêne, Saint Georges de Rouelley et à l'ouest par la route qui mène à Domfront par Barenton.
C'est plutôt, comme son nom l'indique, une lande qu'une forêt, mais elle est vallonnée, avec par endroits des taillis où dominent le bouleau et des bouquets de sapins.
Depuis Balandon jusqu'à la Fosse-Arthour elle est hérissée d'une chaîne de rochers encadrés de houx, de ronces et de bruyères, l'Ermitage, la Montjoie, Grand-Noë, Velléda, les Grandes Orgues, la Pierre-Branlante, Bouillant, Douaumont, le Haut-Fiché, le Rocher-Blanc, le Tertre. Cette succession de crêtes et de gorges broussailleuses devait servir d'observatoires et d'abris aux troupes combattantes.
Ce sont les restes de la vaste et mystérieuse forêt dans laquelle les lieutenants de César ne s'aventurèrent pas, pendant les premières années de la conquête. Ils n'y pénétrèrent que lentement après avoir créé des routes et établi des camps, entre autres ceux du Châtelier, au Petit-Celland,et de la Fiolaye, à Buais, et celui de Blaye, sur les hauteurs des Monts d'Eron dominant les vallées de la Bouanne et de la Sée, position stratégique dont on verra l'importance au cours de la bataille de Mortain.
Quelques siècles plus tard, en 1341, «… c'est l'ombre de ses grands arbres, (a écrit Hippolyte Sauvage), qui abrita et dissimula les premiers conciliabules d'une vaste conspiration qui fut le germe de la Guerre de Cent Ans. Godefroy de Harcourt en fut le promoteur, pour satisfaire sa vengeance personnelle, il attira en Normandie, à deux reprises, les troupes anglaises et provoqua pour la France le désastre dont les suites durèrent plus d'un siècle……».
Les Anglais occupèrent le Mortainais pendant une centaine d'années et la tradition a conservé le souvenir des lieux où ils se battirent avec les Normands, à Villechien, Saint-Barthélémy, Vengeons, Chérencé le Roussel (champs de la guerre).
Au temps des Comtes de Mortain, elle couvrait jusqu'à Tinchebray et Domfront, près de 40.000 hectares. Elle s'étendait sur des territoires maintenant cultivés et les noms des hameaux de certaines communes limitrophes, Saint Clément, Rancoudray, sont évocateurs de hautes futaies et de chasses seigneuriales, la Chesnée, Voix-d'Alouette, Mont-au-Loup, Gué-au-Loup, l'Entre-bois, les Hauts-Rochers, la Roche, la Roche-Fichée, le Chêne-Rond, le Chêne à la Vierge.
Sa circonférence actuelle est irrégulière, déchiquetée. C'est qu'on trouve, enclavés entre des parties boisées, de nombreux villages appelés « prises », « ventes » ou « fieffes », c'est-à-dire des parcelles de landes et de friches fieffées dès le XIe siècle moyennant certaines redevances ou corvées, par les possesseurs du Comté de Mortain .
Pendant toute la tourmente révolutionnaire la forêt, bien qu'éclaircie, servit d'abri à des prêtres assermentés, de refuge aux troupes de Monsieur de FROTTE.
Jusqu'aux premières années de l'Empire, de nombreux insoumis, pour échapper à l'appel aux armes, y vinrent grossir les rangs de l'armée catholique et royale.
On s'y est souvent battu, plus souvent encore caché avec le butin pris aux Bleus des villes voisines, guerre d'embuscades et de guet-apens dont le ravin de Coupe-Gorge rappelle une sombre histoire.
Avec la paix, la forêt rendue au silence de ses friches ne connut plus jusqu'aux combats d'août 1944 que le jeu des saisons : le printemps fleurissant les ajoncs pour l'arrivée des courlis, l'automne pourrissant les landes et les changeant en marécages. ……»
Au niveau administratif :
En 1898, Arrondissement de Mortain comprend 6 cantons, 74 communes sur 87 408 hectares.
1- Canton de Barenton (4 com. ; 7,664 h. 11,846 hect..
Barenton - Ger – Saint Cyr du Bailleul - Saint Georges de Rouelley.)
2- Canton d'Isigny (11 com.; 5,187 h. 7,294 hect.).
Biards (Les) -Buat, Le) - Chalandrey - Isigny - Mancellière (La) - Mesnil-Bœufs (Le) - Mesnil-Thébaut (Le) - Montgothier - Montigny- Naftel- Vezins.
3- Canton de Juvigny (9 com.; 5,234 h. 8,741 hect.).
Bazoge (La) -Bellefontaine - Chasseguey - Chérencé-le-Roussel- Juvigny - Mesnil-Adelée (Le) - Mesnil-Rainfray (Le) - Mesnil-Tôve (Le) - Reffuveille.
4- Canton de Mortain (11 com.; 9,581 h. 13,966 hect.).
Bion - Fontenay - Mortain – Neufbourg (Le) - Notre Dame du Touchet - Rancoudray - Romagny - Saint-Barthélemy - Saint Clément - Saint Jean du Corail - Villechien.
5- Canton de Saint-Hilaire-du-Harcouët (12com. 13 675h.14 817 hect.).
Chevreville -Lapenty - Loges-Marchis (Les)- Martigny- Mesnillard (Le) - Milly - Moulines - Parigny- Saint-Brice-de-Landelle- Saint-Hilaire-du-Harcouët - Saint-Martin-de-Landelle -
Virey.
6- Canton de Saint-Pois (10 com.; 6,305 h.; 9,209 h.).
Boisyvon - Chapelle-Cécelin (La) - Coulouvray-Buisbenâtre - Lingeard - Mesnil-Gilbert (Le) - Montjoie - Saint-Laurent-de-Cuves - Saint-Martin-le-Bouillant - Saint-Maur-des-Bois -
Saint-Pois.
Il faut rappeler qu’avant la révolution de 1789, le principal découpage territorial étaient les paroisses et les Évêchés.
Le cotentin comptait deux évêchés, dont celui de Coutances qui comprenait le conté de Mortain mais il allait bien au-delà vers Alençon.
Jean DUBUC Histoire chronologique de la Normandie et des Normands des origines à 1204 Edt du patrimoine Normand
Maxime Fauchon Etude juridique et historique sur le bailliage de Mortain (1923)
ibid page 11
Chef des Chouans en Normandie
Adolphe JOANNE Géographie de la Manche Edt Hachette 1898
ibid page 9
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