Des histoires au fil du temps;
« …….Après l’avènement de Charles VII en 1422 grâce à l’intervention de Jeanne d’Arc, celle-ci continue son combat contre les Anglais en compagnie du Comte Dunois né Jean d’Orléans, Comte de Mortain.[1]
Le 12 août 1450 après la prise de Cherbourg, la Normandie redevenait française après une terrible guerre qui laissa de nombreuses traces dans le pays.
Le 7 juin 1465, les habitants de Ger sont confirmés dans leurs franchises vis-à-vis de la forêt de la Lande Pourrie.
En 1493 grâce au formidable essor des échanges maritimes l’industrie, l’artisanat et le commerce, font un bond en avant, les potiers de Ger en profitent pour conforter leur position sociale en codifiant et réglementant leur profession. Les potiers sont organisés en confrérie, dans laquelle, personne, excepté leurs enfants, ne peut entrer.
Vers 1525, Ger semble connaître une période de tranquillité. Cette accalmie sera bien passagère puisqu’elle devait s’ouvrir sur la sinistre époque des guerres de religions et voir se rallumer ainsi le flambeau de la guerre civile. La contrée ne fut pas épargnée puisque les Huguenots de Montgomery attaquent Mortain en 1562.
La forêt de la Lande-Pourrie fut, dans ces circonstances, pillée par les charbonniers, les taverniers et les boulangers de Mortain, du Rocher et du Neufbourg qui n’étaient plus surveillés quant au quota de bois à prendre en forêt.
La fin des Guerres de religions
C’est avec un grand soulagement que les paysans accueillent le rétablissement par Henri IV de la paix religieuse en France lors de signature de l’Édit de Nantes en 1598.
C’est à la suite de cet événement que nous trouvons pour la première fois un écrit mentionnant le nom d’un curé de Ger, il s’agit de Pierre du Saucey qui abandonna la cure en 1599.
Ger possédait alors un notaire, Michel Mauger, qui exerça sa profession durant une longue période puisque l’on retrouve plusieurs de ses écrits jusqu’en 1610. Les curés de l’époque assuraient déjà le service de l’état civil ce qui laisse aujourd’hui, grâce à une très bonne conservation de ces documents, la chance de posséder en Mairie des registres de 1613.
Le bois ayant toujours été une matière recherchée notamment pour le chauffage et la construction, les privilèges anciens accordés, en ce qui le concerne, aux potiers et paysans de Ger sont l’objet de nombreux litiges avec la famille Montpensier depuis 1536.
Un nouveau procès pour supprimer ces privilèges intentés par la Comtesse de Mortain en 1625 échoua et se termina par un arrangement amiable.
En 1626 la forêt passe dans la Maison d’Orléans par le mariage de la Comtesse de Mortain, Marie de Bourbon, Duchesse de Montpensier avec Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII.
Plusieurs épidémies de peste ravagèrent nos contrées en 1626-1627. Les morts se comptaient par dizaines. Des récoltes désastreuses et des impôts toujours plus importants venant à la suite de ces périodes de famine et d’épidémies provoquèrent un climat de révolte chez les paysans. L’instauration d’une nouvelle taxe, la gabelle (impôt sur le sel) en 1639 est le point de départ de la révolte des “Nu-pieds” de Mantilly qui se propage dans tout le Mortainais et l’Avranchin et qui est sévèrement réprimée.
Le XVII° siècle, nouvelles famines et épidémies
En 1727, 100 ans après les épidémies et famines que nous avons indiquées précédemment, Ger connaît de nouveau les plus grands malheurs. Sur les 1 800 habitants que compte alors la paroisse, près de 1 000 pauvres gens se nourrissent d’orties et d’herbes sauvages, qu’ils font bouillir sans sel et sans gruau. Les morts se comptent encore par dizaines. Seule une aide substantielle du Duc d’Orléans parvint à atténuer quelque peu ces terribles moments
Le Siècle des Lumières
Une sordide querelle opposa en 1742 et 1743 les Potiers de Ger aux commissionnaires en beurre d’Isigny sur-Mer. À l’époque ceux-ci figuraient parmi les plus importants clients des potiers. Le fond de ce différent n’était en réalité qu’une bataille entre concurrents (Ger et Vindefontaine près de Coutances) pour l’exclusivité de la fourniture des pots à beurre (tinettes) sur le marché d’Isigny qui était le plus important du Cotentin.
Les Potiers de Ger furent déboutés, ce qui ne les empêcha pas de maintenir leurs activités durant encore près de deux siècles.
La période pré-révolutionnaire
Ger semble avoir retrouvé pour quelques temps une certaine sérénité. Monseigneur Durant de Missy lors d’une visite en 1749 trouve l’église très pauvre. Deux prêtres, instruisaient les garçons et deux paroissiennes, les filles.
La Révolution de 1789
Elle laisse Ger et les Gérois sans réaction particulière, les sentiments sont très partagés, apparemment dans les premiers temps, 2/3 de la population reste fidèle à la Monarchie et 1/3 est attiré par les idées nouvelles.
Dans leurs plaintes et remontrances à l’Assemblée des Etats-Généraux de 1789, les paysans du Mortainais font valoir que le sol qu’ils exploitent est presque partout stérile, pierreux et montagneux, qu’il est rempli de landes, de bruyères, de bois, où se réfugient des légions de lapins, qu’il est occupé par une vaste forêt (encore 1715 hectares environ en 1751) d’où des bêtes fauves, surtout des loups, sortent et égorgent des moutons et des sangliers qui dévastent les récoltes.
Malgré tous les troubles qui éclatent dans cette période, l’industrie et l’artisanat de Ger semblent encore très stables, les 21 fabriques de poteries emploient près de 560 personnes.
Le Domaine de Mortain appartient en 1791 à Louis Philippe Joseph de Bourbon, Duc d’Orléans, dit “Philippe-Egalité”, père de Louis-Philippe. Philippe-Egalité, député de la Convention vota la mort de Louis XVI (21 janvier 1793) et mourut lui-même sur l’échafaud la même année.
Philippe-Egalité vendit suivant actes des 28 août, 4 et 11 septembre 1792 le Domaine de Mortain à Collet de Saint-James, maître de forge de Champsecret, mais dépouillé de la plupart de ses privilèges.
La paroisse de Ger fut très éprouvée durant tout ce temps en raison des nombreux accrochages qui opposaient les Prêtres ayant prêté serment à la constitution civile du clergé et les prêtres traditionalistes. Sur huit prêtres qui se trouvaient à Ger avant la révolution, cinq qui n’avaient pas prêté serment durent s’exiler ou se retirer dans leur famille
Après la suppression du culte constitutionnel, l’église fut dépouillée ; les statues furent brisées ou mutilées, les autels renversés. Puis les patriotes y célébrèrent les décades. Enfin elle fut changée en caserne. Le patriotisme de la majorité des habitants de Ger étant fort suspect, les autorités du district de Mortain jugèrent nécessaire d’envoyer là des soldats, pour protéger les hommes dévoués à la chose publique.
Les Chouans attaquent Ger
Le bourg de Ger fut, le 27 septembre 1795, l’objet d’un coup de main ou plutôt d’une surprise de la part des chouans dirigés par le Général Louis de Frotté.
En partant d’Ambières, Frotté était passé sous les murs de Domfront puis avait passé la nuit à Barenton. Il avait décidé d’enlever immédiatement le cantonnement militaire qui venait d’être établi à Ger. A cette époque troublée, les Républicains avaient en effet installé des troupes dans toute la région : à Ger, au Fresne-Poret, à Juvigny, au Teillet en Romagny, à Mortain, à Saint-Hilaire… pour lutter contre la chouannerie qui sévissait en Normandie. Fort de 180 à 200 hommes, la troupe de FROTTE quittait Barenton vers 11 heures et demie du matin, se glissait silencieusement au travers de la forêt de la Lande-Pourrie et à deux heures ses chouans apparaissaient dans le bourg de Ger.
L’administration communale dut connaître quelques problèmes à la fin de 1799, période durant laquelle Bonaparte affirmait son pouvoir par le coup d’état du 18 Brumaire (9 et 10 novembre 1799). A
cette époque, Guillaume Guesdon, Président de l’administration du canton de Barenton assisté de Gilles Lefranc, secrétaire en chef, assure l’intérim de l’administration de Ger.
Le 10 juin 1800, Gabriel Esneu « Hautes-Brousses » devient Maire, Julien Leprovost est adjoint.
Les chouans durant ce temps sont toujours très actifs, mais commencent à faiblir. Le 24 juin 1800, une bande mal armée, formée de chouans et de réfractaires au nombre de 1 200 environ, sort de la forêt et envahit Barenton. Elle se laisse battre par les habitants et la garde nationale.
Ger après le Concordat
L’église fut rouverte et rendue au culte dès l’époque du Concordat (qui eut lieu le 16 juillet 1801 entre Pie VII et Bonaparte). M. Esneu « Hautes-Brousses », agent municipal qui avait souvent demandé à Dieu la consolation de voir le culte catholique rétabli, s’empressa de la faire nettoyer, releva l’autel et fit réparer les statues, les paroissiens firent faire des bancs, et contribuèrent à procurer les choses nécessaires pour le culte. Peu après, on fit aussi réparer le presbytère.
Bourberouge et la forêt de la Lande-Pourrie passent à MM. Bachelier d’Arges et d’Inglemare. En 1805, ceux-ci reprennent les travaux de remise en état de l’établissement métallurgique de Bourberouge.
Guillaume Louvel devient le 29 août 1806 le premier garde champêtre de Ger et doit veiller à la tranquillité des 2791 habitants que compte alors Ger. Pierre Véron “Les Fieffes” est devenu conseiller d’arrondissement.
Ger à cette époque à l’apogée de son expansion commerciale et artisanale compte encore 5 moulins.
Le métier de potier est toujours florissant et emploie plus de 500 personnes.
Compte tenu du nombre d’enfants, le conseil municipal est obligé, de demander la création d’un poste d’institutrice titulaire et 2 auxiliaires pour enseigner aux filles qui sont au nombre de 105 environ.
En 1822 Ger est rattaché au Bureau de Poste de Mortain.
En 1823, la forêt de la Lande-Pourrie change de main une nouvelle fois et passe à M. de Pracontal.
Le 15 mai 1826, le Conseil refuse de céder des villages de Ger à Rancoudray pour la création d’une succursale de la Chapelle de Rancoudray.
Le 11 août de la même année est créé le premier bureau de bienfaisance de Ger.
La vie quotidienne au XIX° siècle
La Forêt de La Lande-Pourrie
Le 18 juin 1827, le conseil unanime refuse la demande faite par M. de Pracontal qui visait à récupérer tous les terrains sains et vagues de la commune. Le 9 septembre 1830, le Conseil entérine la décision du ministre de l’Intérieur qui laisse à la Commune de Ger une bonne partie de la forêt de la Lande-Pourrie (en tant que territoire communal) et en définit les limites. Précisons que cette décision n’intervient en réalité que pour constater un état de fait.
Le 28 novembre 1831, le conseil proteste auprès des autorités pour que la partie de la forêt de la Lande-Pourrie qui se trouve sur son territoire et qui appartient à M. de Pracontal soit portée sur les rôles de contributions foncières, celui-ci bénéficiant de nombreux privilèges sans payer d’impôts.
Il reste encore environ 760 hectares de forêt à cette époque, contre 1 000 en 1791 et presque le double 100 ans plus tôt.
La poterie périclite
Avec l’avènement de l’ère industrielle, les potiers qui ont toujours conservé un mode de travail presque ancestral, ne peuvent lutter contre les poteries anglaises qui inondent le marché et qui sont d’un coût bien moindre, puisque faites en grandes séries. Ne sachant pas s’adapter, cette industrie locale qui emploie encore 555 hommes en 1840 va sombrer lentement. Il en est de même pour la papeterie du Gué Thibault qui disparaîtra rapidement.
Ne connaissant pas les fonds du chômage à l’époque, le conseil municipal de Ger afin de venir en aide aux nombreux ouvriers de la Commune qui souffrent de la vie chère et manquant d’ouvrage, en raison des faits exposés ci-dessus, destinait les excédents du service vicinal à l’emploi de ces ouvriers qui devaient casser des pierres pour l’entretien des routes.
La diminution de la population (2 610 habitants en 1836) coïncide également avec des émigrations de plus en plus importantes de jeunes paysans en direction des villes.
Les terrains nécessaires à la construction de l’école et de la Mairie sont achetés en 1838 de même qu’un terrain supplémentaire pour que le marché du jeudi, qui a lieu depuis un temps immémorial bien qu’il ait été réduit durant la révolution, bénéficie de suffisamment de place.
La forêt change encore de propriétaire, lors du décès à 47 ans (1840) de M. de Pracontal, elle passe dans la famille de Failly.
En 1841, un important incendie ravage une bonne partie du Bourg.
La Révolution de 1848
Le 19 mars 1848, après la messe, le maire M. Lemoine, les adjoints, les conseillers municipaux et les officiers de la Garde Nationale drapeaux républicains en tête se sont placés sur la partie la plus élevée du mur du cimetière (près de l’église) et après avoir fait battre le rappel, ont proclamé la république devant plus de 1 000 personnes enthousiastes. Des banquets furent improvisés, et la plus franche cordialité n’a cessé de régner.
L’Abbé Bailleul tenta de réunir une somme suffisamment importante pour construire une nouvelle église, l’ancienne ayant été gravement endommagée par la foudre le 14 août 1836 et réparée tant bien que mal, mais il n’y parvint pas.
En 1891, Ger ne compte plus que 2 055 habitants, on dénombre encore 150 villages habités.
Ger entre dans le XX° siècle
Le 20 mai 1900, Monsieur Frémont devient maire.
Le 28 novembre 1909, le conseil municipal décide l'acquisition de 7 lanternes à pétrole pour l'éclairage public.
En 1912, Ger compte 1712 habitants, les potiers exportent encore pour plusieurs millions de francs de poteries, les cultivateurs exportent 12000 quintaux de sarrasin, mais importent 300 tonnes d'engrais minéraux et 15000 hectolitres de pommes pour faire du cidre. 2500 quintaux de farine sont nécessaires à nos boulangers.
En 1913, Ger a vu disparaître une industrie très florissante au XIXème siècle : les cloutiers.
Le 4 août 1920, après la Grande Guerre qui a vu tomber bon nombre de jeunes gérois, le Conseil Municipal sous l'impulsion de l’Abbé Hamelin décide la construction d'une nouvelle église. C'est à un enfant de Ger, l'architecte Vaugeois, qu'en fut confiée la réalisation…….. »
En juin 1944 Ger fut libérée comme tous les villages du Mortainais :
« Le 5 août 1944, la population du bourg de Ger a été évacuée dans la campagne, du fait des bombardements alliés qui avaient pour but d'une part d'anéantir les trois importants postes de D.C.A installé l'un à la Croix de l'Essart, l'autre près du groupe scolaire actuel et le troisième sur la route de la Vente et d'autre part, de couper les routes empruntées par les convois et renforts allemands montant en ligne vers Mortain.
Beaucoup d'habitants du bourg étaient réfugiés au hameau de la Source (70 personnes environ). Le reste de la population était disséminé en campagne ; vivant en petites collectivités dans lesquelles chacun se ravitaillait ou donnait comme il pouvait, pratiquant une sorte de camping imposé par les circonstances et qui dura une dizaine de jours.
Les Alliés mirent six jours pour parcourir les sept kilomètres les séparant du hameau de Bonsentier en Barenton jusqu'au bourg de Ger. Les combats autour de la forêt sur un terrain très accidenté, furent très meurtriers. Des combats à la baïonnette eurent lieu près du Gué-Rochoux. Un agriculteur fut tué au village du Breil pour avoir refusé une poule aux occupants. Vingt et une victimes civiles de Ger furent recensées entre les 5 et 14 août.
L'arrivée des Alliés le 14 août au bourg de Ger fut saluée par les cloches de l'église, sonnées par des jeunes remontés en éclaireurs de la campagne. Cette manœuvre pouvait être dangereuse car les Allemands avaient démonté l'horloge de l'église pour installer un poste" de guet. Les troupes alliées furent accueillies par l'adjoint au Maire.
La partie Est de la commune, vers le pont d'Egrenne, ne fut cependant libérée que le lendemain après un véritable massacre causé par l'artillerie américaine cherchant à interdire le passage aux convois allemands qui se repliaient en direction de Flers.
Le bourg de Ger fut détruit à 80 % et la commune était la dernière de la Manche à être libérée….. »
Au recensement de 1999, GER compte 965 habitants, 1109 en 1975, ils étaient 2095 en 1891.
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Ce site de l’association GER Généalogie et Histoire est animé par Christian HENRI son président.
Il est particulièrement complet.
De plus il est très intéressant, tant du point de vue de l’histoire locale que pour les recherches généalogiques.
C’est avec l’aimable autorisation de sont président que je cite de larges extraits de l’histoire de GER.
BOULLE Pierre : Images d’hier et d’aujourd’hui.