Des histoires au fil du temps;
En 1926, avait lieu le premier recensement de la population de Cachan.
En effet, notre ville était devenue une commune autonome depuis à peine 4 années par sa séparation d’avec Arcueil.
Un relevé systématique de ce recensement permet de mieux connaître qui étaient ses habitants. I
ls ont été les premiers à vivre la séparation entre Arcueil et Cachan.
En 1926, Cachan comptait 9 828 habitants, dont 9 645 étaient présents sur la commune au moment du recensement. Aujourd’hui nous sommes 27 958 habitants selon le recensement de 2006 de l’INSEE.
C’est le recensement de la cité-jardin de Cachan en 1926 que je vous propose d’évoquer ici.
L’histoire de la cité a déjà été présentée par Mireille Hébrard
Ce sont aujourd’hui 2 bâtiments annexes du centre socio-culturel Lamartine, qui y hébergent plusieurs associations qui participent à la vie du quartier.
« Une dizaine de cités-jardins initiées par Henri Sellier existent encore aujourd’hui en Ile-de-France Construites en deux périodes, dans les années 1920 puis dans les années 1930, à proximité de jardins ou de champs où l’on pouvait se promener. Il en reste quelques îlots à Arcueil, à Drancy et au Plessis Robinson ».
« Chaque famille disposait d’un jardin de 150 à 250 m2. »
Une population nouvelle
La cité-jardin de Cachan comprend, en 1926, 1650 habitants soit 16,80 % de la population de notre jeune commune.
Parmi eux, 795 personnes sont en âge de travailler et 838 sont, soit des enfants de moins de 14 ans, soit des adolescents, dont la situation n’est pas
précisée. Seuls les apprentis ou les « jeunes travaillant » sont désignés comme tels. Par ailleurs, 18 personnes ont plus de 70 ans, soit au total 813 personnes sur qui nous avons de
nombreuses informations.
« Un esprit de communauté animait les habitants, en 1928, ils fondèrent la première association sportive de Cachan : L’amicale sportive de la cité des jardins de Cachan »
Parmi cette population en âge de travailler, nous trouvons, 188 jeunes de moins de 20 ans, ensuite 126 ont entre 20 et 30 ans, puis 212 entre 30 et 40 ans, 199 ont entre 40 et 50 ans, 49 entre 50 et 60 ans, 15 entre 60 et 70 ans.
Sur ces 813 habitants, 392 sont nés dans l’actuelle Ile de France dont 277 à Paris, 32 dans ce qu’est depuis 1968 le Val-de-Marne, auxquels s’ajoutent 14 personnes qui sont nées à Arcueil-Cachan.
Les autres, soit 394 personnes sont nées en province. Ensuite viennent 20 personnes qui sont nées à l’étranger ou dans les colonies de l’époque. Puis, il reste 7 personnes absentes lors du recensement qui n’ont pas de lieu de naissance déclaré.
Dans la cité-jardin, en 1926, il y a 272 foyers dont 246 familles sont biparentales, auxquels s’ajoutent 15 veuves et 3 veufs chefs de famille.
Par ailleurs, 26 autres veuves et 7 veufs sans professions vivent chez leurs enfants.
Dans ces foyers vivent également 261 célibataires, enfants, parents ou amis qui sont en âge de travailler.
L’habitante de la cité-jardin la plus âgée en 1926 est Madame veuve Dodeman. Elle a 80 ans. Elle est née à Paris, en 1846, sous la monarchie de juillet de Louis Philippe. Cette année-là, la récolte est très mauvaise. L'augmentation des prix du blé, base de l'alimentation, provoque la disette.
Parmi les quelques Cachanais de la cité-jardin nés à Arcueil-Cachan, le plus âgé a 52 ans. C’est M. Isidore Gautier, comptable. Il est né le 14 janvier 1881, au 4 rue des Deux Parcs à Cachan. Son père est corroyeur et sa mère est blanchisseuse.
Les métiers des femmes
A la cité-jardin, sur les 795 habitants en âge de travailler, 416 femmes sont concernées. 272 n’ont pourtant pas de profession déclarée pour le recensement. En fait, elles sont mères de familles, souvent nombreuses, ou « femmes au foyer » comme le disaient nos mères.
Ensuite, parmi les professions les plus représentées, il y a 18 employées de bureau dont 4 au ministère des finances, 14 couturières, puis viennent 12 blanchisseuses. Parmi ces dernières, il y a 3 femmes mariées, les 9 autres sont des jeunes filles ou femmes qui vivent dans leurs familles. Seulement 5 d’entre-elles ont un employeur permanent, les 7 autres ont «divers employeurs ». Apparemment, elles travaillent de façon non permanente.
Nous trouvons ensuite 8 cartonneuses et 8 brocheuses. Sur ces 16 femmes, 10 d’entre-elles travaillent pour la célèbre imprimerie Dreager installée à Montrouge. « La première imprimerie Draeger est fondée en 1887 à Paris, par le père et ses trois fils, puis transférée à Montrouge. Cette imprimerie à la pointe du progrès technique, se consacre principalement aux catalogues, brochures et publicités des plus grands noms de l'industrie de luxe. Le meilleur de la publicité française sort des ateliers Draeger ».
D’autres femmes ont d’autres professions comme les 8 manutentionnaires, les 4 confectionneuses, les 4 biscuitières, les 4 comptables. Signalons que 2 manutentionnaires et une comptable sont salariées des Galeries Lafayette.
Ensuite, 10 jeunes filles sont apprenties dans différents métiers dont 4 sont couturières.
Nous trouvons aussi une étudiante, Melle Deschamps, à l’Ecole des Travaux Publics fondée par Léon Eyrolles en 1902 à Cachan.
Ce dernier, au moment du recensement, est d’ailleurs parmi les élus de Cachan au conseil municipal.
Il faut souligner que 41 femmes de la cité-jardin travaillent dans des « métiers du tissu ou du linge ». Cela va de la brodeuse à la blanchisseuse, la giletière, la teinturière, la tricoteuse, mais aussi de la couturière à la passementière. Il y a également une jeune femme mannequin, Melle Erfurth, elle est malade et sans emploi au moment du recensement.
Enfin, 4 femmes sont considérées comme « patrons ».
En fait, dans le cadre du recensement sont considérées comme « patrons » toutes les personnes qui sont : chefs d’entreprise mais aussi les artisans, celles qui travaillent à domicile.
Madame Souflet est salariée de la ville de Cachan comme « femme de ménage ».
Les métiers des hommes
Pour ce qui concerne les hommes, leurs professions sont plus diversifiées.
En 1926, 397 hommes sont en âge de travailler, au moment du recensement : 4 d’entre eux sont absents de Cachan, 5 sont déclarés malades, 1 est invalide et 17 autres sont sans emploi.
15 des hommes habitant la cité-jardin sont considérés comme « patrons ». Les patrons sont en fait essentiellement des artisans mais il y aussi un médecin d’origine russe.
Chez les adolescents ou jeunes hommes qui travaillent, nous trouvons 18 apprentis auxquels s’ajoutent 2 étudiants dont un est à l’école des travaux publics de Cachan.
Parmi les professions les plus représentées, il y a 41 employés répartis dans différents secteurs: les bureaux, le commerce, les chemins de fer.
Puis viennent, 22 imprimeurs ou salariés de l’imprimerie, 16 mécaniciens, 12 comptables, 11 plombiers, 10 ajusteurs, 10 tourneurs, 9 manœuvres, 9 serruriers, 9 peintres, 6 maçons, 6 commis, 6 gardiens de la paix, 5 chauffeurs, 5 journaliers, 5 cimentiers, 4 livreurs, 4 tailleurs, 4 représentants de commerce, 4 électriciens, 4 facteurs, 4 gardiens de bureaux.
Il y a aussi quelques représentants de professions socialement plus aisées dont 1 architecte, 1 médecin, 2 orfèvres.
Nous trouvons également un « wattman ». Le nom de ce métier est lié aux évolutions technologiques.
En fait, il s’agit d’un conducteur de tramway électrique qui travaille pour la société des transports en commun de la région parisienne (T.C.R.P.) qui a été créée le 31 décembre 1920.
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En fait, de la cité-jardin, 13 hommes travaillent à la TCRP dans différents métiers dont M. Paris, notre wattman.
Si nous étudions chez quels employeurs travaillent les Cachanais de la cité, nous trouvons 12 hommes qui sont salariés des grandes marques automobiles (Renault, Citroën, Peugeot).
Il y a aussi 36 fonctionnaires, dont 19 aux PTT. Dans différents ministères, ils sont 8 dont 2 instituteurs. À la préfecture de police, ils sont 7 dont 6 gardiens de la paix et 1 brigadier, à l’Octroi de Paris ils sont 2.
Il y a aussi 6 salariés des grands magasins parisiens (Galeries Lafayette, Samaritaine, Bon marché, Printemps).
Les employés de banque sont 6 également (Banque de France, Crédit Immobilier, Lyonnais, Mutuel).
Des citoyens engagés
Plusieurs habitants de la cité deviendront soit élus municipaux, soit responsables associatifs.
Les élus municipaux : les premiers l’ont été alors que M. Picard était maire de Cachan (1922 à 1928), puis avec M. Choplin (1928-1929) ou M. Eyrolles (1929-1935).
Parmi eux, nous trouvons M. Dumont ; il est né à Arcueil-Cachan en 1880, au 2 rue des Hautes Bruyères, son père était corroyeur et sa mère couturière. En 1904, il s’est marié avec Eugénie Baraux. En 1926, il est tourneur chez Sueur & Cie où travaillent de nombreux Cachanais. Il a 4 enfants qui travaillent et habitent encore chez lui. Notons que 2 de ses enfants travaillent comme lui chez Sueur & Cie, un fils comme tourneur, une fille comme vernisseuse. Ses deux autres enfants sont une blanchisseuse et un imprimeur.
M. Lagatie est né en 1890, en province, il est employé à la TCRP déjà citée ci-dessus.
M. Appert est né en 1873 à Paris, il est orfèvre, déclaré « patron » en 1926.
M. Dassy est né en 1886 en province, en 1926, il est employé du Métropolitain dont la première mise en service date du 19 juillet 1900.
Les responsables associatifs : pour le syndicat des locataires, M. Hardy, son président, né en 1883. Il est voyageur de commerce pour la société Hachette créée en 1856. Son vice-président, M. Delahaye est né à Paris en 1872, il est plombier. Le secrétaire, M. Deschamps, est comptable, son fils est étudiant à l’Ecole des Travaux Publics de Cachan. Le Trésorier, M. Calmant, est agent du contentieux.
Pour la Caisse de secours, le président M. Costes, est ouvrier orfèvre. Le vice-président, M. Gauthier, est comptable. Le secrétaire, M. Parmentier, est employé de bureau chez Peugeot. Le trésorier, M.Schaller, est ouvrier en scie, il a 4 enfants qui habitent chez lui et qui travaillent. Le Trésorier-adjoint, M. Patillot, est chef-comptable.
Pour conclure,
J’évoquerai Mme Veuve Lenormand. Elle a 48 ans, elle est femme au foyer.
Elle a 2 garçons habitant la cité-jardin. L’un a 25 ans, il est camionneur et son épouse est vendeuse à la Samaritaine. L’autre a 24 ans, il est imprimeur et son épouse est raffineuse à la raffinerie Say probablement à Ivry sur seine.
La cité-jardin aujourd’hui, c’est 803 logements, dans 13 bâtiments construits entre 1961 et 1968.
Nous y trouvons 12 logements d’une pièce et 8 logements de 6 pièces. Les 3/4 pièces sont majoritaires : 521.
Ces logements sont la propriété de l’O.P.A.C. du Val- de- Marne.
En 1926, la population de la cité est plutôt jeune, une grande majorité des habitants à moins de 40 ans. Peu d’habitants adultes sont originaires d’Arcueil-Cachan ou même du Val-de-Marne. Nombreux sont ceux qui sont nés à Paris, près de la moitié sont nés en province ou à l’étranger.
Si de nombreuses épouses sont « femmes au foyer » ou font des travaux à domicile (couturières, nourrices), il n’est pas rare de trouver 2 ou 3 enfants qui travaillent et qui vivent toujours au foyer parental. Les fonctionnaires côtoient les artisans ou les métiers de l’industrie et des services.
Henri Sellier dépassait largement le cadre de la construction pour inscrire les cités-jardins dans une dimension d'accompagnement social du locataire. « Dès la première pierre, il envisageait de doter la cité-jardin de son école maternelle. Des infirmières s'y installaient et développaient une politique de
Prévention médicale. »
Il semble qu’il y avait un brassage social assez important au sein de la cité-jardin de l’Office des habitations à bon marché du département de
la Seine à Cachan.
Probablement plus important que celui que l’on peut constater dans ce que sont aujourd’hui les « Habitations à Loyers Modérés ».
Marcel BREILLOT
Cet article a été publié dans les "Chroniques du Val de Bièvre", publié par les "Ateliers du Val de Bièvre" 9 rue Amédée Picard 94230 Cachan
Courriel: lesateliersduvaldebièvre@laposte.net
HEBRARD Mireille, Cité- jardins de Cachan de 1922 à 1963, Chroniques du Val de Bièvre, Hors série Automne 2005
Cachan, Patrimoine de France. http://www.patrimoine-de-france.org
Les cités-jardins histoire et actualité d’une utopie, Ginette Baty-Tornikian, CAES magazine n° 80 • automne 2006
Cachan mon village, Club Léo Lagrange, 1994
Site Internet de TOPIC-TOPOS, patrimoine –héritages ; Avril 2009
WATTMAN. 1895 « conducteur de motrice de tramway » http://www.cnrtl.fr/etymologie/
Hebrard Mireille, 2005 déjà cité